Mercredi 21 Octobre 2009

Promenade

C'est évident : je ne consacre pas beaucoup de temps à ce site. Pour s'en rendre compte, il suffit de constater que la dernière mise en page, côté Graphisme, date de mars 2008. Je passe d'ailleurs bien moins d'énergie à produire des images digitales autres que quelques photographies patiemment retouchées et publiées sur No Milk Today. J'ai abandonné la fabrication d'illustrations composées de collages que j'élaborais, l'année dernière, pour Eikasia. Au printemps 2009, j'ai remis en place sur mon PC un software japonais dénommé Pixia 4.3y. Suite à cette installation, je me suis retrouvé, au bout de quelques semaines, avec un stock d'images assez conséquent. Comme certaines de ces images pouvaient former une nouvelle galerie, je les ai rassemblées et puis j'ai rédigé un paragraphe de plus sur Traverses pour signaler cet événement : 20 pièces digitales de 640x480 pixels qui sont des compositions hétéroclites réalisées par assemblages, bien souvent, à partir de reproductions de chef-d'oeuvres de la peinture des XIXème et XXème siècles. C'est une traversée illustrée, une promenade aux couleurs vives, avec pour simple titre : Abandon.

Vendredi 28 Mars 2008

4 planches de plus

J'ai rajouté 4 planches aux 12 tableaux précédents. 4 planches un peu plus complexes et plus construites que les précédentes. J'ai encore fabriqué pas mal de brosses pour réaliser ces collages qui donnent l'idée d'un monde hétéroclite où des clones vivent des situations instables et très peu coloriées. On dit que les rêves se font en noir et blanc. Mais moi, je ne rêve jamais.

Dimanche 16 Mars 2008

12 planches froides

Je place en ligne une galerie faite de 12 tableaux dessinés avec PhotoShop. C'est parce que j'avais fabriqué toute une série de brosses pour ce logiciel, au cours du mois précédent, que j'ai construit quelques images au moyen de ces nouvelles brosses.

Ces tableaux très peu coloriés, avec des teintes et une lumière fortement contrastées, des angles vifs et coupants, saturés par de nombreuses lignes brisées, reflètent la vision d'un monde très peu accueillant, inconfortable et sans profondeur. Un monde de papier, de dossiers. L'univers d'un archiviste. On vit une époque de comptables, de notaires, d'avocats, de juges et de bureaucrates encore plus froide et inamicale que celle vécue par Kafka.

Graphisme virtuel, art inactuel

On peut difficilement parler de peinture lorsqu'on s'applique à produire un tableau composé de pixels étalés par le biais de pinceaux ou brosses numériques. Pourtant il est assez facile de faire passer une composition numérique pour la reproduction photographique d'une toile enduite de peinture à l'huile, d'acrylique ou de gouache plus ou moins diluée. Imiter la texture d'une véritable toile ou bien celle d'une feuille de papier, ne pose aucun problème : des logiciels comme Corel Paint Shop, Adobe Photo Shop et bien d'autres encore, peuvent faire penser que l'image qui est présentée sur l'écran a subi un processus graphique ordinaire. Mais la comparaison s'arrête là.

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Si, comme le dis J. Monod, dans "Le Hasard et la nécessité", "la distinction entre objets artificiels et objets naturels paraît à chacun de nous immédiate et sans ambiguïté. Rocher, montagne, fleuve ou nuage sont des objets naturels; un couteau, un mouchoir, une automobile, sont des objets artificiels, des artefacts.", par contre, la distinction entre un artefact et un objet virtuel n'est pas toujours facile à faire lors d'une lecture à l'écran. On peut facilement confondre un artefact et un objet virtuel alors que les techniques de production sont radicalement différentes. Rien de comparable dans la mise en oeuvre d'une peinture sur toile et la création d'une image pixellisée. Les procédés sont absolument autres. Il existe autant de différences entre la prise d'une photo et l'élaboration d'une peinture réaliste, qu'entre une peinture réaliste ou abstraite et une composition digitale dessinée, coloriée, au clavier, à la souris ou grâce à une tablette graphique.

Je ne crois pas qu'un peintre puisse se trouver dans le même état d'esprit que l'utilisateur d'une tablette graphique, même si l'un comme l'autre viseraient à produire une représentation similaire à partir d'un paysage ou une nature morte identiques. Les outils dont l'un et l'autre disposent sont tellement dissemblables que même si tous deux réussissaient à produire deux images semblables, esthétiquement comparables, je reste persuadé qu'on ne pourrait en parler comme deux choses ayant une valeur identique. Un peintre, même très mauvais artiste, n'a aucune difficulté à se faire reconnaître comme quelqu'un de sérieux. C'est encore loin d'être le cas pour un artiste travaillant sur ordinateur car, même talentueux, il aura toutes les peines du monde à faire admettre que son travail virtuel puisse avoir autant de valeur que le travail d'un peintre qui oeuvre sur des supports classiques à l'aide de techniques reconnues, sécularisées.

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Dans l'imaginaire de nos contemporains l'écran est le support du virtuel et le virtuel est ce qui possède, contient toutes les conditions essentielles à son actualisation, c'est à dire quelque chose qui n'est pas pleinement réalisé, actualisé. C'est quelque chose d'invérifiable qui peut parfaitement appartenir au domaine du faux, de l'illusion. D'où l'empressement des gens à recourir à l'impression : le passage d'un objet virtuel sur une feuille de papier lui confère une réelle existence. Seul l'imprimé peut avoir de la valeur. Tout ce qui ne sera pas destiné à être imprimé restera dans l'inactuel, le potentiel, le non-existant.

Aussi, comment un artiste travaillant uniquement sur ordinateur peut-il être reconnu puisque son oeuvre est perçue comme irréelle ? Sans compter que la possibilité de clonage instantané de ses créations et leur reproductibilité à l'infini perturbe l'idée de la chose unique et donc extrêmement rare qui donne une valeur d'échange, c'est à dire marchande à l'objet. De toute façon il est bien difficile de parler d'art dans un monde qui a perdu la possibilité de définir le concept même de l'art.

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L'art n'a plus d'histoire ce qui me permet de raconter n'importe quelle histoire sur l'art et d'afficher n'importe quoi en ligne en demandant aux cyberspectateurs : "Alors, qu'est-ce que vous pensez de ceci ou de cela ?". Et de gloser à l'infini dès que sera émis le moindre commentaire sur ce que j'aurais affiché à l'écran. Il va falloir que je me penche sérieusement sur ce que peuvent dire les gens au sujet des arts plastiques en particulier. Je me demande qui sont les théoriciens de l'art, parce que j'ai l'impression qu'il n'existe même plus la moindre théorie à ce sujet.

Mais, bon, en réalité qu'est-ce que toutes ces considérations peuvent avoir comme importance, sinon celle de me fournir une occasion de m'installer un peu plus dans le cyberespace, d'augmenter mon territoire de quelques kilo-octets ou kilobytes. Un territoire sur lequel passera une nouvelle piste, une des ramifications du réseau qui ne cesse d'enfler. Un territoire que je prends plaisir à aménager pour ensuite le contempler, heureux de trouver mon empreinte, mon reflet dans les objets éparpillés.

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