Jeudi 21 Août 2008

Accueil

Je me rends bien compte qu'une page de présentation est quelque chose d'important sur le plan de la communication : si elle est mal faite, si le texte ne suscite pas, dès les premières lignes, l'intérêt du lecteur, il est bien probable que celui-ci n'aille pas plus loin. Il faut dire à ce visiteur qu'il a tout à gagner, intellectuellement parlant, en passant un moment à feuilleter les pages du site sur lequel Google, Yahoo! ou le hasard l'ont conduit. Il faut lui dire qu'il trouvera une série de textes comme, depuis longtemps, il rêvait d'en lire et qu'il aura l'occasion de porter un nouveau regard sur le monde grâce à des photos et des collages de photos révélant un aspect ignoré de l'univers ordinaire dans lequel sont immergés tous ses contemporains, ou plutôt les contemporains qui partagent une culture similaire à la sienne. Il faut dire à ce lecteur, cette femme ou cet homme, qui se tient indécis sur la page d'accueil, qu'il peut sans crainte avancer au coeur du site parce qu'il y découvrira quelque chose à laquelle il ne pensait plus depuis des lustres, une idée qui lui avait échappée et dont il lira la trace fugitive sur une des pages de ce site : ce sera, pour lui, La Révélation. Il faut lui dire : "Bienvenu, c'est un ange qui t'as conduit jusqu'ici, c'est ton jour de chance !" sur le ton doucereux d'un marchand de tapis qui invite les passants à pénétrer dans sa boutique. Voilà ce que doit être une page d'accueil sur un site. Un de ces jours, il faudra que je pense à en rédiger une.

Vendredi 14 Mars 2008

Contribution

Depuis le début de la semaine, je mets en forme ce qui représentera la base d'un nouveau site. Publier un site sans y inscrire au moins quelques pages ayant un tant soit peu de contenu est une opération prématurée qui a toutes les chances de décevoir les lecteurs potentiels et risque de les inciter à ne plus repasser par la suite. Bien entendu, tous les bons manuels, qui donnent des conseils pour qu'un site connaisse rapidement du succès, disent qu'avant tout, il faut avoir une idée de ce que l'on va mettre en ligne, un projet qui puisse courir sur une période assez longue.

Hé bien, ce n'est pas mon cas, et, je prends le risque de ne pas capter le moindre lectorat. Je ne construis pas ce site dans le but d'apporter quoi que ce soit de particulier à qui que ce soit, mais avec seulement pour intention d'en faire une sorte de placard, un débarras dans lequel je conserverai les quelques documents, les fichiers que je veux préserver d'une perte éventuelle. Je veux surtout rassembler les milles et un objets accumulés sans but, qui traînent sur mes PC depuis des années, pour décider de leur sort. Je suis curieux de savoir ce que peut entraîner la mise en page d'objets hétéroclites, suivie d'une mise en correspondance quasi-aléatoire de ces pages. Comment un texte, un article, une prise de note, un poème peut s'articuler avec une dessin, une photo, peut-être un morceau de musique ou une vidéo ? Comment faire des ponts entre le passé, un vieux cliché par exemple, et quelque chose d'actuel, tel que le récit d'un événement lié à la mise en forme du site ?

Bref, c'est avant tout la construction de ce site qui me semble intéressante. Je n'en suis pas à mon premier coup d'essai. C'est le troisième site que je développe. Les premières pages que j'ai pu mettre en ligne datent d'une époque où l'ADSL n'existait pas encore. C'était au XXème siècle, alors que seulement 2% des foyers français étaient connectés au World Wide Web. Tout le monde, ou presque, parlait d'Internet, et personne ne savait ce que cela représentait. Aujourd'hui, tout le monde croit savoir ce que représente le Net, mais je sais qu'il n'en est rien. La majorité des gens qui sont reliés au réseau des réseaux ne sont jamais allés plus loin que les quelques sites institutionnalisés qui leur semblent utiles ou agréables. Avec l'avènement des blogs, certains ont été amenés à produire un peu de contenu, mais la plupart de ces bloggers ne produisent, ou plutôt, ne re-produisent de l'info que comme prétexte à de la communication purement phatique, où chacun se contente de marquer sa présence en ligne. Une présence qui n'est pas si virtuelle qu'elle n'y parait puisque accéder au Net devient un moyen "vérifiable" d'exister, une façon d'authentifier sa vie, de fournir la preuve de son être. C'est ainsi, par exemple, que depuis deux jours, on peut lire mille fois, sur mille blogs que le dernier combattant de la Grande Guerre est mort. Tout le monde s'en fout mais c'est une nouvelle facile à exploiter, sur laquelle on peut facilement broder sans avoir à se casser la tête. Et c'est le principal souci du blogger : faire acte de présence en ligne à moindre frais, exister pour pas cher et amortir les coûts de l'informatique qui ne sert à rien, dans la majeure partie des cas, sinon à occuper son top plein de temps libre. C'est ce genre d'attitudes qui me semble expliquer les motivations principales des bloggers.

J'ai aussi ouvert de nombreux blogs. Le premier, intitulé Scheiroblog, entrerait dans sa cinquième année en ce mois de Mars, si je ne l'avais pas détruit - comme presque tous les autres blogs - fin 2007. Mais un blog, principalement à cause de son développement chronologique, ne peut pas remplir les mêmes fonctions qu'un site. Parce que les interactions possibles du lectorat qui réagit à ce qui est énoncé sous forme de billets, influencent le cours d'un blog, l'auteur est pris dans un jeu de miroir avec d'autres bloggers. Ce phénomène est bien moins important pour un auteur de site qui ne reçoit que très peu de mails critiques quant à la qualité de son travail. Ce qui fait qu'un webmaster, dégagé de toute contrainte commerciale, est bien moins sous influence qu'un blogger, et donc moralement plus libre de donner globalement sens à son site. C'est ce qui me pousse à reprendre la construction d'un site, même si je ne délaisserais peut-être pas totalement le blogging.

Je me dis que, par la suite, lorsque ce site sera un peu plus étoffé, des personnes trouveront et piocheront ce qui leur semblera bon, comme je le fais en tombant sur des sites inconnus, découverts au hasard de mes déplacements sur la vaste Toile. On peut voir la création d'un site comme une contribution sociale au plan culturel. C'est d'ailleurs, à mon avis, l'aspect positif des sites : donner un peu d'épaisseur intellectuelle à notre époque, fournir une facette du miroir qui permette de saisir le reflet du monde dans lequel nous vivons.

Je cherche des raisons pour expliquer la présence en ligne de ce site. Mais en réalité, la seule raison valable que je puisse invoquer, c'est que le développement d'un site me procure une certaine satisfaction et occupe mon temps libre, ce qui m'évite l'ennui. L'ennui que connaît l'homme citadin perdu au milieu du cloaque urbain, submergé par les injonctions à consommer et constamment prié de rester tranquille, c'est à dire prié de ne pas exterminer ses voisins. Par ailleurs, m'étaler sur la Toile me permet d'équilibrer un besoin vital d'espace, de gagner un territoire suffisament vaste. Cet équilibre, lié aux dimensions du territoire symbolique, passe donc par l'extension d'un domaine virtuel où peut se déplacer librement le tracteur de mon imagination. Voilà ce qui véritablement me pousse à construire ce site. Inutile d'aller chercher plus loin.

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